29.09.2009

de la révélation

Youhouhouuuuuhhhh... Today in petitprunier raconte sa vie: enfin, vous allez tout savoir de ce que je fais de mes journées. Trop de la balle hein? Trop du teasing de la mort que t'en peux plus d'attendre la suite?


Ben si tu la veux, tu vas l'avoir, la suite! (et viens pas te palindre après, on t'a prévenu: ça va être du lourd, du confessions intimes et du strip tease, du delarue et du sabatier, bref, du gros calibre)


 

J'ai déjà dit des trucs très perso ici, raconté des choses qui m'ont touchée, des événements qui ont bouleversé ma vie. A part pour la compulsion d'achat, j'ai essayé de le faire à mots couverts, paske j'ai pas envie de vous balancer un 36 15 mysiouperlaïfe, paske j'ai envie de partager mais pas d'être toute nue et paske je fais ce que je veux.

 

J'ai peu parlé de mon travail, en tout cas, c'est sûr, ou alors à la va-vite, entre deux lignes, pour que ça puisse vous échapper.

Ceux qui lisent la chic fille savent ce que je fais, les autres non. J'ai toujours un peu peur de le dire, paske ma profession bosse avec les enfants, fait partie du quotidien de beauuuuucoup d'entre vous et peut donc s'exposer à pas mal d'incompréhension dans ses doléances.

En fait, j'ai peur d'être jugée si je dis mes sentiments de professionnelle face à certains patients; j'ai peur de heurter si je raconte des anecdoctes plus ou moins drôles; j'ai peur de ne pas être comprise si je me plains, paske quand même, mon boulot, "c'est cool, t'es avec des gamins, tu joues tout le temps. Et EN PLUS, t'es toujours en vacances".

Pis quelque part, pour être honnête, j'ai peur de plus pouvoir geindre et pester après mon taf et les gens que j'y vois sans en recevoir plein la face, ce qui est complètement con, puisque si quelqu'un a envie de t'en balancer plein les dents via ton blog (ce qui a l'air d'arriver quand même pas mal), t'y peux rien, t'as juste à recevoir, hein...

 

 

Mais là, depuis le début du mois, j'ai commencé à bosser ailleurs. Et cet ailleurs me donne envie de parler de mon boulot. Pas du métier, hein, pas des lignes directrices, de la déontologie, du déroulement des séances, tout ça. Nan, vraiment du travail que je fais avec mes nouveaux patients.

 

 

En vrai, en plus d'être une nana lambda qui écrit des trucs sur son ord (quand elle a de l'inspiration, c'est-à-dire pas tout le temps...), dans la vraie vie, chui orthophoniste. Je vous coupe tout de suite : passé le premier élan enthousiaste (quasi systématique, j'ai testé pour vous) suite à l'annonce, être ortho, c'est pas que des trucs happy la souris-trop cool la vie. C'est sûr, ce métier a bonne presse. On le trouve très humain, très intéressant, très gratifiant.

 

Tout ça est totalement vrai.

 

Mais c'est vrai aussi que porter des personnes en échec, parfois à bout de bras, toute la journée est moralement difficile. Que se satisfaire d'un rien est essentiel, tellement la progression peut être lente et le gain insignifiant par rapport aux exigences sociales qui pèsent sur les patients -surtout sur les enfants. Et que même si le jeu fait partie intégrante de la rééducation, il n'en reste pas moins que l'ortho, elle, doit toujours garder à l'esprit son objectif de séance et ajuster en permanence son attitude et ses consignes (en gros, elle s'éclate pas, elle bosse... Ben ouais, ça échappe souvent aux ges cet aspect de la question!)

 

Bref,  tu peux pas te permettre de te déconcentrer une minute*. Et ça, chais pas vous, mais moi, ça me crève. Et ça fait que je m'octroie royalement 3 jours de week-end, et tac.

 

 

Depuis le début de l'année scolaire, en plus des patients que je reçois au cabinet, je bosse au service cancérologie ORL de l'hôpital de ma ville. J'y vois des gens qui ont eu un cancer donc, en majorité, ou des chirurgies très lourdes et très mutilantes. Mais bizarrement, j'y ressens moins de mal-être et de souffrance qu'au bureau.

 

J'aide ces patients à se réalimenter, à retrouver leur voix, bref, à tenter de reprendre une vie normale ou presque.

Je les rencontre à un moment de leur existence où l'impulsion de vie repart après des mois d'angoisse et d'incertitude. Même si une partie d'entre eux ne s'en remettra jamais, cet instant entre l'opération qui guérit et le retour au quotidien plein d'interrogations est un petit sas de décompression, pendant lequel ils peuvent goûter quelques jours à la tranquilité de leur corps et de leur esprit.

Je sais que cette tranquilité n'est que très relative, mais je ne peux m'empêcher de sentir l'apaisement chez ces gens parfois très durement atteints.

 

Et ça, ça me motive. Ca m'éloigne des mesquineries du cabinet (paske oui, des gens mesquins, pinailleurs et fouteurs de merde, disons clairement, on en voit tous les jours dans nos bureaux, et des situations mesquines aussi -et pas toujours à cause des patients...) et ça me galvanise.

Ben ouais, kes' tu crois, je bosse pas que pour l'amour du métier et de mon prochain, hein (même si c'est une idée à la con très répandue dans le secteur para-médical).

Nan, je le fais aussi pour des trucs vachement moins nobles...

La reconnaissance sociale et humaine par exemple... Le petit bonheur égoïste mais ô combien plaisant (et légitime) d'être (momentanément) indispensable à quelqu'un... Les remerciements des patients satisfaits et les compliments des collègues quand j'ai bien bossé (qui a dit "on n'est plus à la maternelle, lâche tes bons points"?!)... Les apéros avec mes coupines de promo, pendant lesquels on se marre comme des baleines et on se plaint de notre job (et aussi on se raconte les meilleures, ben oui ça sert à ça les coupines)...

 

 

Paske pour moi, malgré toutes les satisfactions que je peux en retirer, ce taf reste... un taf.

Pourtant, je suis très investie, je me lance dans pas mal de projets, ce qui fait dire à certaines de mes amies que je suis passionnée**. Mais nan, mon job, c'est pas ma passion et je dirais même que c'est pas ma priorité première méga importante que je pourrais mourir pour ça.

Et paske justement ce n'est pas une passion, l'intérêt et la motivation ne coulent pas toujours de source. Pour que ça roule et que je n'ai pas ce sentiment de m'engluer dans un truc terne et creux, j'ai besoin d'y trouver sans cesse de nouveaux turbo boost, quoi!

 

 

Je crois que là, avec ce nouveau poste, j'en ai pour un p'tit moment...!

 

 

Voilààààà!!

 

Z'avez eu assez de racontage/étalage de vie pour aujourd'hui je pense! Franchement, j'en voudrais à personne de ricaner, paske je viens de me relire et y a des moments, ma parole, je parle comme la fille cachée de Mère Thérésa et l'abbé Pierre qu'aurait couchée avec soeur Emmanuelle...

 

 

 

 

 

*je sais que j'ai pas la primeur du truc hein, que y a d'autres tafs où tu peux jamais te relâcher

**ça m'énerve cette idée reçue que tu peux pas être consciencieuse et faire bien ton travail, t'investir et te lancer dans une carrière si c'est pas ta passion.