10.02.2009
de la douleur de l'absence
Comme vous l'avez sans doute noté, je ne suis plus trop présente ici: beaucoup de choses en route dans la vie en chair et en os... et une espèce de tristesse sous-jacente quasi permanente depuis quelques temps...
C'est que, dans tous ces beaux projets qui prennent forme, il me manque quelqu'un...
Je m'étais dit que je ne confierais pas trop sur ce blog, tout au plus avais-je l'intention de me dévoiler un peu, lever un petit coin par-ci parlà sur mon existence. Mais là, j'ai besoin de parler et de dire le vide qui m'habite.
Et parfois, s'ouvrir de ce genre de choses à des inconnus (ou presque :-) ) est beaucoup, beaucoup plus simple, et plus confortable aussi, que le faire avec des personnes très proches. Peut-être à cause de la pudeur, de l'envie de laisser la vie continuer, ou encore de la crainte de raviver une douleur si récente, et l'angoisse de les voir s'effondrer à l'évocation de celui qui est parti.
Je n'ai pas le souvenir d'avoir été une petite princesse à son papa, non. Plutôt une fifille à sa maman...!
Et pourtant... Les récits familiaux racontent plutôt le contraire: petite, j'idolâtrais mon père, je voulais faire tout comme lui. Evidemment, il y avait sûrement cette histoire d'Electre, comme chez toutes les petites filles mais je me plais à croire que pas que.
Mon papa m'emmenait avec lui dans ses endroits secrets (La Parenthèse: LA librairie de BD de Nancy - et oui, déjà la Lorraine!- que je fréquente toujours assidûment aujourd'hui), il m'achetait des vraies robes de fée (et les mêmes à ma soeur: nous devions, j'en ai pris conscience bien plus tard, faire sa fierté ainsi vêtues) et aussi des Levi's taille 6 ans, avec la veste assortie (à l'époque: une révolution pour une petite fille!). Il me faisait des casse-croûtes au saucisson et me laissait l'accompagner au bistrot les samedis avant de m'emmener au cours de dessin. J'avais droit à un diabolo grenadine, une coupelle de cacahuètes et les sourires à la fois niais, bienveillants et admiratifs de ses copains de bar. Il me démêlait les cheveux après le bain, paske ma mère ne savait pas, ça tirait tout le temps avec elle (les démêlants et autres après-shampoing ne se sont démocratisés que bien plus tard. Ben oui, chui une vieille!).
Mais à l'adolescence, nous avons commencé à nous éloigner. Pas tellement de mon fait, du moins je n'en ai pas l'impression. Non, il a juste cesser de faire avec moi ce qu'il faisait avant. Peut-être embarrassé par tant de changements, peut-être pensant que cela ne m'intéressait plus, je ne sais pas. Ma mère a pris une autre place dans ma vie et j'ai de moins en moins parlé à mon père. Maman faisait le médiateur en quelque sorte.
Dans le même temps, très jeune, j'ai rencontré un homme de presque 30 ans. Notre relation a signé la fin de celle entre mon père et moi.
Je me suis mise à mentir à mes parents, à les zapper, à les exclure de ma vie. Moi qui avais toujours été leur petite bavarde curieuse de tout, je me suis transformée en un mur de silence, contre lequel toute tentative de communication est venue se briser. Le pire, c'est que je croyais que leur mentir les préservait, je ne voulais pas qu'ils souffrent... Ca été très réussi, évidemment...
Les années qui ont suivies n'ont guère été plus brillantes, à la limite de la rupture familiale, et surtout "paternelle". Bref, je vous passe les détails.
Malgré tout ça, son amour n'a jamais failli, je le sais. Il continuait à croire dur comme fer que viendraient des temps meilleurs et que je saurais rebondir.
Et puis j'ai repris mes études il y a un peu plus de 6 ans, et tout s'est progressivement apaisé. Je voulais retrouver mes parents, surtout mon père. Je voulais essayer de rétablir une complicité perdue.
Avec ma mère, tout a été facile; avec lui, nous avons longtemps marché sur des oeufs. Je me suis intéressée à tout ce qui faisait sa vie, même si c'était à 10 000 lieues de ce qu'était la mienne. J'ai trouvé des sujets de conversation plus neutres: comme c'était quelqu'un de très cultivé, il y avait vraiment matière à échange.
Petit à petit, j'ai retrouvé la douceur de notre relation du passé. La confiance est revenue, avec tout de même encore de l'opposition et des germes de conflits. Mais nous avions recréer un lien, notre lien. J'avais à nouveau plaisir à lui parler de mes projets d'avenir et à le voir les week-ends. Bien sûr, nous étions souvent en opposition, deux têtes de cochon ne pouvant pas tomber systématiquement d'accord! Mais ça nous allait.
Il y a bientôt quatre ans, il est tombé malade, et il y aura bientôt 2 ans, il est mort. Brutalement: on ne s'y attendait pas, malgré la maladie. J'ai appris plus tard qu'il sentait qu'il n'irait pas loin. Et au fond de moi, malgré les jours passés à rassurer les autres, je le savais aussi. Je savais également qu'il partirait en paix, heureux que ma soeur et moi ayons fait notre chemin dans la vie.
Aujourd'hui, alors que se profilent plusieurs changements dans ma vie, j'aimerais qu'il soit là. Oh je pense que je n'aurais pas suivi ses conseils à la lettre, évidemment.
Mais pouvoir m'appuyer sur son avis pour prendre mes décisions, profiter de ses réflexions et de son recul sur les choses, ou simplement avoir le loisir de dire noir parce qu'il a dit blanc me manque énormément. Parfois, on a besoin d'un point de vue différent pour savoir que le sien est le meilleur à prendre en compte pour la suite.
Le regret et la culpabilité de n'avoir pas tout fait pour que nos moments soient vraiment beaux sont des sentiments difficiles à surmonter. L'impression de n'avoir pas su profiter de son amour et d'en être à jamais privée aussi.
Chaque jour qui passe, je lui ressemble un peu plus. J'y vois une façon inconsciente de le maintenir à mes côtés. Le signe aussi que, même sans liens de sang, je suis bien la digne fille de mon père.
voilà pour la page mélo... demain si vous voulez bien, on parlera de choses plus légères...de sacs par exemple
12:35 Publié dans vis ma vie (de petitprunier) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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