21.01.2009

nan, j'ai pas l'permis, pourquoi?

Ben paske, quand on me demande et que je réponds donc, piske chuis une fille bien élevée, on me regarde toujours avec des yeux ronds, limite exhorbités, et une mine mi-étonnée, mi-compatissante, mi-c'est-y-pas-pathétique-à-cet-âge-là-quand-même-y-en-a-qui-doutent-de-rien-moi-je-l'ai-depuis-que-j'ai-18ans-et-un-jour-sinon-je-pouvais-pas-travailler-et-nourrir-ma-famille-tout-ça-tout-ça*.

 

Je m'emporte, je m'emporte, mais sans rire: vous devriez voir la tronche affligée des gens quand je leur dis que nan, j'ai pas le permis, oui j'ai 30 ans et re-oui, je travaille.

 

Paske j'ai envie de dire, le permis, c'est quand même pas ce qui fait qu'on réussit sa vie pas, non? Ben des fois, pour certains, on dirait bien que si.

 

Et quand je dis "certains", croyez-moi, je peux donner des noms si je veux. Ouais chuis comme ça...

 

Dans ma famille par exemple... Tout le monde -en tout cas, le monde de ma génération- a passé (et eu: c'était la belle époque, on pouvait l'obtenir du premier coup) le permis à 18 ans. Voiture dans la foulée, BTS, fiançage et mariage, baraque avec cuisine intégrée, lardons gazouillants : tout s'est naturellement enchaîné.

 

Pendant ce temps, votre serviteuse batifolait sur des chemins de traverse, se perdait sur des voies de garage en cherchant la sienne, voire se retrouuvait coincée dans des impasses. Bref, empruntait un itinéraire fantaisiste qui, s'il avait le mérite d'être riche en surprises et en expériences de toutes sorte, ne rentrait pas dans la case "vie comme il faut pour jeune fille bien sous tous rapports".

 

 

Avec tout ça, le permis, c'est pas que j'y ai pas pensé... Mais je l'ai pô eu.

 

Les premières fois (très rapprochées : 2 à la suite et autant de plantages), je le voulais pour de mauvaises raisons. Et le fait de l'avoir loupé est un exemple type d'acte manqué dans toute sa splendeur : ça m'a évité un engagement dont je ne voulais plus, une perspective de vie bien trop lourde à envisager et à porter. En plus, ça m'a donné l'occas de repousser encore un peu mon entrée dans la vraie vie de grand.

 

Entre temps, y a 10 ans qui se sont écoulés.

Dix ans au cours desquels à chaque réunion familiale, on m'a rabâché et rerabâché: "alors le permis? T'en es où (non mais quelle abération cette question...tennéou tennéou...ben j'en suis où je peux mon gars)? Tu le passes quand? **soupir à peine voilé** Tu sais que quand même, tu vas en avoir besion pour bosser? **re soupir, un peu plus audible cette fois** Pis à ton âge quand même... tu sais c'est moins facile après..."

Nan mais, après quoi? Après la date de péremption spécial jeune conducteur? Après la ménopause?

 

Dix ans à entendre les gens penser tout haut : "Pffff, c'est vraiment n'importe quoi sa vie. Elle fait des études (encore qu'on sait pas tout, hein!), on sait même pas ce que ça va donner. Elle sort, elle boit, p'têt même qu'elle couche... Encore, si AU MOINS elle avait le permis...!"

Traduction: déjà que t'es un boulet des études et de l'indépendance**, si en plus t'es un boulet des transports...ben t'es pas rendu ma pauv' mireille.

 

 

Aujourd'hui, 10 ans après, ben tiens, je travaille... Et sans permis... Moooooon, comme on dit chez moi, ben v'là! J'ai une situation plutôt correcte et je me dépatouille bien sans voiture.

Mais très étrangement, les gens s'en carrent comme de l'an 40...

Nan, c'qui est vraiment important, c'est que "ben mon dieu, oui ça y est, elle bosse, c'est teeeeeeellement dommage, il ne lui manque plus que le permis".

C'est vrai, je serais une fâââme teeeeellement plus accomplie si seulement je savais conduire***...

 

 

Franchement, tu vois bien pourquoi je m'en sors pas de ce foutu permis de m... de mes deux... Trop d'ondes négatives, trop de cristallisation...! Bref, un louuuuuurd passif émotionnel quoi!

 

En même temps, si je regarde honnêtement à l'intérieur de mon ââââââme de moi-même, c'est aussi parce qu'être étiquetée indécrottable étudiante, rester dans la petite case dans laquelle la famille a décidé que c'était ta place, c'est pénible certes, mais c'est rassurant aussi...

Et même si j'ai très envie de sortir du cliché vivant dans lequel je suis enfermée, ce cliché là, il a quelque chose de sécurisant...Ca veut dire que rien ne change vraiment, que le cocon familial ne faillit pas, que j'ai toujours ma place, que les gens ne disparaissent pas...

 

 

Je sens que la psychothérapie cognitive m'appelle...!

 

 

 

*je sais ça fait 3 moitiés, et alors?

**tu notes quand même que j'ai bossé EN MEME TEMPS que j'étudiais, et ce depuis mes 19 ans, mais ça, bizarrement, tout le monde s'en tape...

***j'avoue quand même bien volontiers que la bagnole, c'est cool pour les vacances et autres trucs dans le genre, et que je suis toujours ennuyée de pas pouvoir relayer MisterJ au volant. Et j'avoue aussi que je commence à me sentir de plus en plus boulet malgré tout... Ah la pression sociale...Du coup, c'est pour ça qu'il FAUT que j'l'ai cette année ce bout de papier rose...

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