18.09.2008
machine à remonter le temps...
Lundi, j’ai lu un post chez la chic fille qui m’a beaucoup touchée, beaucoup émue, et accessoirement m’a ramenée 10 ans en arrière… Ca parlait d’un truc un peu honteux, un peu obscur, et surtout pas très reconnu : l’achat compulsif, le maladif, le vrai.
Alors c’est pas pour faire dans le pathos* ou m’apitoyer sur mon sort, mais ça m’a donné envie d’en dire quelques mots, ici. Parce que comme je l’ai dit l’autre fois, y a des casseroles qu’on peut pas traîner toute une vie, ça fait tache à côté de la nouvelle argenterie. Parce qu’on en parle pas assez souvent, mais que ce truc, cette boulimie de dépenses, ça peut te ruiner une vie –sociale, familiale, professionnelle, amoureuse…- en deux coups de cuillère à pot. Et parce que ça fait du bien de pouvoir en parler aujourd’hui, c’était pas gagné d’avance….
Y a quelques années, j’étais loin d’être ce que je suis maintenant**. Pas vraiment différente, mais trop : trop exaltée, trop radicale et trop extrême, trop amoureuse, trop mal dans ma peau, trop désespérément fêtarde… trop tout.
de fait, le jour où ma petite vie, certes de patachon, mais néanmoins bien rythmée, bien lancée, a basculé, ben je me suis réfugiée dans une valeur sûre : la flambe. Et là, je vous parle pas de la virée action-émotion-culpabilisation chez le suédois du coin (qui d’ailleurs n’était pas encore là, le bougre), finalement agréable, entre l’étourdissement de l’achat et le plaisir des nouvelles choses.
Nan, je vous parle de la grosse crise boulimique, incontrôlable, dévastatrice, la lame de fond de la compulsion qu’on sent arriver comme une fatalité…on rentre dans une boutique, de préférence avec des étiquettes bien relevées….
Qui déferle sans qu’on puisse la canaliser… on prend tout sans essayer, en sachant que, pour 2 ou 3 rescapés, combien de jetés ? donnés ? oubliés ?….
Et qui se termine dans une espèce d’apothéose…. La montée d’adrénaline au passage en caisse, le plaisir malsain et la pointe de contentement sadique à l’annonce du montant-s’il-vous-plaît-mademoiselle, la grisante euphorie de payer, dépenser du fric, ce fric qu’on n’a pas, et tant pis…
Et la redescente….
L’écoeurement d’abord, face au sourire niais et vénal de la vendeuse, le haut-le-cœur devant tant de gâchis et de cadavres inutilement accumulés, ajoutés aux autres….
Les emmerdes ensuite… le sac de nœuds des problèmes financiers, des comptes bloqués, des salaires saisis et des débuts de mois plus que difficiles… la valse de la sonnette au rythme des huissiers… l’engrenage des mensonges…
Et la tristesse, l’angoisse de l’impuissance…sentir que l’on ne maîtrise plus rien, réaliser que le quotidien est devenu un enfer et que la vie s’échappe…Mais s’enfoncer encore, parce qu’au point où on en est…
Le désespoir de l’incompréhension aussi, celle des regards qui jugent, des paroles qui blessent, des pensées qui condamnent ; sa propre incompréhension, sa propre condamnation, son propre dégoût ; l’éternelle question… pourquoi ? j’ai tout, j’avais tout….
Et la peur du lendemain, de la prochaine crise, parce qu’on sait que ça va recommencer… se rendre compte qu’on est seul, et que ceux qui restent encore sont ceux qu’on ne voudrait plus voir, qu’on n’ose plus regarder, tellement la honte est violente… la honte, par-dessus tout, plus ravageuse que tout le reste…honte de soi, honte d’être encore aimée, encore crue malgré les mensonges, honte d’être encore attendue malgré les absences …
C’est tellement ridicule et pathétique, ce cirque, ça semble tellement facile de tout arranger, de ne pas pousser la porte du magasin… tellement stupide que personne n’imagine à quel point c’est maladif
Finir par sombrer, tout doucement, à chaque crise un peu plus… trouver le non-retour attrayant, réconfortant… se dire que tout ça viendra à bout de l’amour des gens, de leur patience, de leur bienveillance… alors songer à s’arrêter maintenant, là, tout de suite, avant que ça ne devienne encore plus insupportable ; rêver de se reposer, d’être en paix, enfin…
........ne pas le faire.....
Et puis un jour, des mois, des années après, émerger enfin de ces abîmes, retrouver le soleil et le bonheur d’être là….
Vivre… et vivre bien… !
*quoique c’est ptêt ce qui risque d’arriver… !
**cette magnifique jeune femme épanouie et sereine, maîtresse de son destin, et tout… nan j’rigole
Voilà, c’était le post sérieux de l’année ! c’était un peu long: vraiment c’est super sympa à vous d’être resté jusqu’au bout !
Promis, la prochaine fois je vous reparle de saucisson, de gens qui puent la transpi et du dernier cadeau, last but not least, que j’ai eu pour mon anniv J
16:23 Publié dans vis ma vie (de petitprunier) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : achat compulsif, compulsion
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