15/05/2013
de la beauté fatale (2)
pardonne-moi, une fois encore, ce post est très fouilli, un peu confus, à la limite du brouillon peut-être. j'ai besoin de coucher mes réflexions comme elles arrivent pour comprendre mieux. et comme ce bouquin m' a fait beaucoup cogiter, t'en manges encore aujourd'hui (et ptêt même demain)
l'idée d'une beauté universelle et normative empêchant la femme d'exister autrement que par son image; l'hypothèse selon laquelle elle découle d'une manipulation des masses par tout un empire de la consommation ("le complexe mode-beauté") me renvoie à mes propres contradictions.
je suis une nana plutôt "féminine" dans mes tenues. je prête beaucoup d'attention à ce que je porte et j'aime ça.
sur mes 70 paires de chaussures en activité (rien que ça, ça prouve que je suis une vraie fille #sexismeordinaire... et pourtant, je l'ai tellement souvent revendiqué, sans comprendre tout ce que ça pouvait avoir de pernicieux), seules 4 sont plates, et je compte sur les doigts des mains celles qui ont moins de 10cm de talons.
j'adore me maquiller et la cosmétique en général. je soigne ma peau, mon corps et je le vis bien, cela me procure réellement du plaisir.
malgré tout ça, j'avais l'impression de ne pas être dupe de tout ce cirque; de savoir au fond de moi que l'enveloppe n'est que...ben l'enveloppe! mais qu'elle peut être modifiée, manipulée, biaisée à l'envi, en fonction de celle que j'ai envie d'être. ou plutôt de celle que j'ai envie que l'on identifie en moi.
à côté de ça, je déteste être conditionnée par des réflexes "féminins" et être entravée par les atours de la féminité -que je porte avec constance, application et plaisir (je suis lucide aussi dans ce sens là : je ne me crois pas au-dessus des influences multiples des magazines et plus globalement de la société de consommation).
je déteste l'idée qu'il existe une façon féminine -LA bonne façon pour une fille- de boire, de draguer, de se cultiver, de travailler, de se comporter en couple et en public etc. de vivre quoi... du coup je ne mets pas cette idée en pratique dans ma façon d'être - du moins pas de façon volontaire.
je suis une fille que les autres filles n'aiment pas trop, malgré le fait que je me coule dans le moule du féminin.
je n'ai jamais trop compris pourquoi : je n'ai pas la sensation d'être menaçante pour leur vie de couple (je suis moi-même casée et quoi qu'il en soit, je deviens vite la bonne pote des mecs, très souvent sans passer par la case "cible potentielle"). ma vie professionnelle n'est pas assez CSP+++ et ma vie sociale trop banale pour susciter de la jalousie, de la méfiance ou du ressentiment.
Mona Chollet insiste beaucoup sur l'importance de la communauté, des "secrets partagés", des valeurs refuge que le complexe mode-beauté propose aux femmes. elle pointe aussi la nécessité de partager ces signes distinctifs pour être considérée comme parfaite figure Féminine, avec tout ce que cela implique de comportements "de fille".
je me suis demandé si ce n'était pas cette dichotomie entre ce que je projette et ce que je suis qui me laisse très souvent en lisière du cercle féminin. comme si, après avoir donné l'image de la parfaite petite nana girly, j'avais trahi et trompé en n'étant pas conforme à ce que l'on attendait de moi. "trop grande gueule" "trop vulgaire" "trop en demande (en parlant de sexe avec des "copines")" "trop dure" "trop...mec"... le mot est lâché...
est-ce que si j'annonçais tout de suite la couleur en me grattant les couilles et en crachant, les femmes du cercle se sentiraient moins mystifiées?
aujourd'hui, je me demande aussi si, comme l'analyse Mona Chollet, l'hyperféminisation de mon apparence n'est pas destinée à contrebalancer justement la neutralité (je n'ai pas envie d'accoler l'adjectif "masculin" à un comportement qui pour moi est juste, ben celui que j'ai choisi d'avoir, point) de ma façon d'être. si ça n'est pas un moyen détourné de rassurer l'ordre établi en disant "regarde, jme comporte peut-être pas comme une vraie femme (ou ce que la société considère comme telle) qui se respecte mais tu vois, je sais quand même où sont les limites, où est ma place, à partir de quel moment ça te met en danger. regarde, je suis pas dangereuse. je reste une fille, je vais pas t'arracher les couilles pour me les greffer à l'entrejambe".
ça me panique et ça m'horrifie de penser que mon inconscient a tellement bien intégré les normes sexuées qu'il se débrouille tout seul pour niveler ce que je choisi d'être par ce que je crois choisir de paraître.
14:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mona chollet, beauté fatale, fille, féminité, cercle, secrets
14/05/2013
de la beauté fatale (1)
depuis quelques temps (quelques années en fait, mais les choses se sont intensifiées ces derniers mois), mes envies et mes besoins de réflexion sur moi me poussent à élargir le champ au-delà de mon petit nombril et à lire, découvrir et compulser pas mal de trucs traitant du féminisme (pas tellement une nouvelle, au vu des rares articles dernièrement postés ici, tu me diras).
je tatônne encore beaucoup, ma compréhension des faits et des écrits n'est ni immédiate ni systématiquement correcte. mais j'aime les interrogations qu'elle suscite. et de façon plus egocentrée, j'aime l'éclairage nouveau qu'elle m'apporte dans ma quête perpétuelle de mon Essence, avec un grand E, oui oui, n'ayons pas peur d'être mégalo ;-)
j'ai tendance à voir le féminisme comme une posture individuelle, qui affirmerait que, homme ou femme, chacun est avant tout un individu libre de ses choix, lesquels ne sont pas conditionnés par son sexe.
or plus je lis, plus je m'aperçois que, sans être ni fausse, ni illégitime, cette posture n'en est pas moins incomplète et occulte en partie les aspects sociétal et communautaire (je n'aime pas ce mot, il est connoté péjorativement, alors que je n'y vois que l'adjectif dérivé de "communauté") du féminisme. il résume ce dernier à une philosophie de vie et à une ligne de développement personnel, sans prendre en compte le fait qu'être une femme et s'épanouir en tant que telle est et reste encore malheureusement un combat, et un combat qui se doit d'être collectif. pas contre les hommes à proprement parler, mais pour la parité, contre les violences spécifiques, pour la reconnaissance sociale, intellectuelle et professionnelle.
je viens de terminer "beauté fatale; les nouveaux visages d'une aliénation féminine" de Mona Chollet. Cet ouvrage m'a énormément questionnée, à la fois sur le plan social et sur un plan plus personnel.
En substance, l'auteure y développe la thèse suivante :
le culte de la beauté des femmes -françaises en particulier- présentée comme un atout social, comme une liberté de choix et comme une prise de pouvoir est en réalité une autre forme de nivellement -voire de répression- de la population féminine par un critère subjectif de féminité. je résume vite et mal mais je te laisse lire si ça t'intéresse (c'est limpide; pas de termes excluants mais une très bonne vulgarisation du propos, qui ne se laisse jamais tenter par le populisme facile au détriment de l'analyse rigoureuse, c'est à la portée de tout un chacun et rien que ça, c'est agréable).
selon Mona Chollet, la nécessité -l'injonction- du paraître est double : nous faire consommer d'une part; maintenir les femmes dans un souci unique et permanent de l'apparence d'autre part, empêchant ainsi que leurs prétentions ne s'élèvent vers les sphères plus masculines du social, du professionnel et de l'intellect. du pouvoir en fait...
Elle défend également l'idée que, sous couvert de neo-féminisme et de prise de pouvoir par le corps et la liberté d'en faire ce que l'on veut, les incitations à la beauté sont du sexisme qui avance couvert.
j'ai incontestablement à l'esprit qu'être une femme rend la vie parfois plus difficile. de même, je pensais être consciente des diktats de la féminité que nous impose en permence l'image de la femme véhiculée par les médias. j'ai réalisé avec effroi, amertume, fatalisme et colère (oui oui tout ça en même temps) la façon dont la société m'impose des injonctions normatives en réussissant la prouesse de me les faire envisager comme naturelles.
j'aime les sapes, les cosmétiques et plus globalement tout ce que mona Chollet regroupe sous le terme "complexe mode beauté".
pour autant, j'avais l'impression de ne pas être dupe, de savoir qu'au fond, tout ça n'est qu'un miroir aux alouettes.
oui mais voilà : c'est un miroir tout de même;
celui dans lequel je me trouve moche ce matin;
celui dans lequel je voudrais me voir plus mince ou plus grande en sortant de la cabine d'essayage;
celui qui peut, dans certains instants fragiles, décider de la couleur de ma journée.
et qui ne disparaît jamais complètement de mes pensées.
ce miroir, est-ce vraiment celui de mes attentes et de mes envies, ou est-ce le miroir déformant que me tendent depuis que je suis toute gosse une industrie et une société blindée d'archaïsmes sexistes?
jusqu'où mes réflexes et mes réflexions sur mon propre corps et ma vie sont conditionnés par ce qu'insidieusement je vois, j'entends, j'absorbe depuis toujours de présupposées normes et contraintes -qui devraient faire de moi une "vraie" femme?
malgré ma volonté de recul par rapport au cirque des apparences, dans lequel je tourne moi aussi (et de bon coeur, souvent...), je vois bien que je suis encore et toujours prisonnière d'une vision tronquée de la femme et que j'ai bien du mal à lutter contre ça.
c'est un peu brouillon ce post, j'ai du mal à agencer mes pensées et mes réflexions, je ne suis qu'aux balbutiements de la compréhension et de l'analyse :-)
mais pour illustrer cette idée de soumission par la beauté, alors même qu'on cherche à nous la vendre comme une révolution pro-féministe, un exemple percutant, qui m'a frappée l'autre jour en regardant un spot de pub pour orangina light:
dans ce spot, on voit des animaux anthropomorphisés incontestablement de genre féminin -si ce n'est de sexe- se comporter comme des mecs à l'ancienne : annuler un dîner avec bobonne pour se faire une virée entre potes; rompre avec la plus éculée des excuses bidon (je ne te mérite pas) et mater le beau mec de la table d'à côté pendant que le pauvre gars largué pleure.
tout ceci se finissant par ce slogan : "qui a le pouvoir?" Réponse sous entendue : les femmes.
quel magnifique exemple d'aliénation que de réussir à faire croire aux gonzesses qu'elles ont la main sur leurs vies, leurs corps, leur beauté et leurs mecs, bref, qu'elles sont libres et super powerful, tout en leur vendant du soda 0%, destiné à les maintenir dans la norme de silhouette, de poids, d'esthétique et de comportement exigée pour être reconnue et appréciée comme socialement féminine...!
message implicite : en buvant ce truc allégé, vous serez des bonnasses et vous aurez le girl powa...
message implicite bis : ok les meufs, affirmez-vous, émancipez-vous, mais pas trop non plus hein, restez quand même ces adorables petites choses maléables, bonnes à voir et à consommer que l'on connaît et qui rassurent. des fois que certains (et certaines) en prennent ombrage... bref, le decorum sans le vrai pouvoir; le fumet mais sans la barbaque, quoi (ben nan ça fait grossiiiir)
franchement, devant tant d'inventivité sournoise, devant ce modèlele duplicité commerciale, je ne peux que m'incliner...
14:46 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : beauté fatale, mona chollet, feminisme, aliénation, complexe mode beauté
04/12/2012
du lien
le propre des liens compliqués, ben c'est qu'ils sont compliqués justement... (mouahhh la pertinence de ouf)
j'ai un attachement tout particulier pour une personne que j'ai appris à connaître il y a un peu plus de 2 ans maintenant. ce que je partage avec elle m'apporte énormément de bonnes et belles choses; je passe des instants de break total qui me font un bien fou. d'un autre coté, on est souvent en conflit, et pour des trucs pas très cool, qui m'agressent et qui me font dégringoler l'ego et le moral dans le chaussettes.
depuis quelques temps, c 'est plus difficile, ces conflits s'accentuent mais surtout changent de nature. je cherche des raisons à ça, je demande des réponses, mais ça va pas, c'est pas ça qu'il faudrait vouloir. Je ne me retrouve plus dans ce lien. peut-être que j'ai changé de regard ou de comportement. peut êre aussi que ce n'est pas moi.
j'ai le sentiment douloureux et désagréable de m'être laissée prendre au piège et d'avoir du mal aujourd'hui à poser des limites à ce qui est acceptable pour moi. et à supporter celles que l'on m'impose.
j'essaie toujours de me préserver, mais j'ai aussi beaucoup de mal à renoncer à quelque chose qui m'a fait du bien, même si les modalités changent.
je suis tiraillée...et chui perdue...
en relisant ce que j'ai écrit au début du post, je me rends compte que je me voile un peu la face : cette relation est parfois toxique et j'ai déjà fait abstraction de trucs qui m'auraient fait fuir avec d'autres.
je ne parviens pas à être objective, je me laisse berner par ce que j'y trouve de bon, même si c'est au détriment de tout le reste. et même si ça me fait du mal. probablement parce que le bon est très bon. merveilleux.
j'ai pas envie d'un lien comme ça. dans lequel t'es jamais en sécurité. dans lequel tu te demandes en permanence si t'es pas en train de merder. dans lequel tu peux pas juste être toi.
mais voilà, je veux pas non plus le rompre... j'ai l'impression que j'ai trop à y perdre.
13:55 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note